Parabène. Ce mot est devenu, en quelques années, le symbole des substances que l’on chasse volontiers de la salle de bain et des supermarchés. Les “sans parabènes” se sont installés sur les étagères, brandis tels des totems du bien-être et de la "naturalité". Mais pourquoi diable les parabènes ont-ils été mis à l’index alors qu’ils ont longtemps représenté un progrès pour l’industrie cosmétique ?
Les parabènes sont un groupe de conservateurs synthétiques, utilisés depuis les années 1920 pour prévenir le développement de bactéries et de champignons dans de nombreux produits, depuis les shampoings jusqu’aux crèmes hydratantes, mais aussi dans certains médicaments et aliments (ANSES). Leur efficacité à faible dose, leur faible coût et leur stabilité ont séduit l’industrie. S’ils résistent ainsi à la prolifération des microorganismes, c’est grâce à leur structure chimique toute simple : on évoque toujours le “parabène” au singulier, mais il s’agit en réalité d’une famille de cousins, dont les plus connus sont le méthylparabène et le propylparabène.
C’est dans les années 2000 que la suspicion s’installe. Une étude de Darbre et al. (2004) retrouve des traces de parabènes dans des tissus mammaires – une découverte qui, mal interprétée par le grand public et certains médias, éveille l’idée d’un lien possible avec le cancer du sein. Des recherches ultérieures, plus nuancées, soulignent une absence de preuve directe (American Cancer Society), mais la réputation est faite.
Il faut ajouter la question du "perturbateur endocrinien" : certaines études ont montré que les parabènes peuvent, à très fortes doses, mimer l’action des œstrogènes. Mais à des concentrations bien plus élevées que celles retrouvées dans les cosmétiques (EFSA), ce que les agences sanitaires rappellent régulièrement.
La conséquence ? Les marques préfèrent jouer la sécurité marketing : les parabènes, même autorisés, deviennent indésirables aux yeux du public. Place à la mention “sans parabène”, rassurante et vendeuse.